Quelques extraits de l'article LA BELLE BIO : 2 ans d'avance sur la réglementation
(rédation Claire Leloy – Photos Patrick Boutevin)
Le 6 juillet 2010, Jean-Louis Borloo et Benoist Apparu présentaient la Réglementation Thermique « Grenelle Environnement 2012 ». Applicable aux logements dès le 1er janvier 2013, ce texte fixe des objectifs ambitieux et met en avant la performance et les énergies renouvelables, généralisant le principe aujourd’hui connu sous le nom de « basse consommation » (BBC). Pour mieux comprendre cette petite révolution dans la réglementation française, nous sommes allés sur le terrain, en Loire- Atlantique, découvrir une maison labélisée BBC qui anticipe de deux années les futures obligations.

Guidé par Isabelle Jouan (Alliance Bois au Naturel), le projet a rapidement quitté les sentiers battus de la réglementation thermique 2005 pour emprunter la voie de la performance. Première étape incontournable de ce parcours : une conception réfléchie permettant une intégration parfaite de la maison dans son environnement géographique et climatique. La forme de la maison fait partie de cette réflexion et doit être la plus compacte possible de sorte à limiter les parois, synonymes de déperditions thermiques. Une fois la forme définie, son orientation sur le terrain doit permettre de maximiser les apports solaires passifs avec une façade sud particulièrement vitrée. Le terrain ne permettait pas une orientation optimale plein sud. La façade vitrée (plus de 30 m² de vitrages) est donc orientée sud-est. Une telle ouverture permet de bénéficier de la lumière naturelle et des apports solaires passifs (chaleur) en hiver. Des débords de toiture protègent, en outre, cette façade du soleil estival pour éviter toute surchauffe.
La Belle Bio est un magnifique projet qui nait en janvier 2008, avec l’achat d’un terrain en Loire-Atlantique par un couple particu-lièrement impliqué dans le développement durable. Soucieux de créer un lieu de vie à la mesure de leurs attentes écologiques, ils se tournent vers un maître d’œuvre de la région, rompu à cet exercice : Alliance Bois au Naturel. Ensemble, ils vont développer un projet exemplaire. Les mots « construction passive », « énergie renouvelable », « performance », « maison positive » fusent. Il faut alors organiser le projet. Mais une chose est certaine : Gaëlle et Raphaël, les maîtres d’ouvrage, veulent un projet en avance sur son temps.

Des exigences de résultat :
Amélioration de l’efficacité énergétique par une meilleure conception
Consommation d’énergie primaire infé-rieure à 50 kWh/m²/an en moyenne Exigence de confort d’été (en bâtiment non climatisé)
Des exigences de moyens Traitement des ponts thermiques
Traitement de l’étanchéité à l’air selon le seuil de l’actuelle BBC
Surface minimale de vitrages avec protection solaire
Recours aux énergies renouvelables (avec production locale limitée)
Mesure ou estimation des consommations énergétiques par postes
Les principaux outils :
Bbiomax : nouvel indicateur mesurant le besoin bioclimatique en fonction de la situation géographique du projet. Sont associées à cet indicateur de nouvelles exigences concernant la qualité de conception (vitrage, orientation...) et l’isolation performante Cmax : consommation maximale en énergie primaire, le Cmax est conservé. Il regroupe 5 usages (chauffage, ECS, refroidissement, éclairage, auxiliaires). La nouveauté est qu’il est plafonné à 50 kWh/ m².an, modulé selon la zone géogra- phique. Les zones climatiques : la RT 2012 définit 8 zones climatiques, impliquant des exigences nuancées selon les contraintes climatiques
Les avantages fiscaux :
Les pouvoirs publics accompagnent la mise en route de la RT 2012 avec des incitations fiscales maintenues sur la période 2010-2012. Ces incitations, de plusieurs types, concernent exclusivement les logements BBC :
- crédit d’impôt augmenté
- possibilité (décision des collectivités ter- ritoriales) d’exonération totale ou partielle de la taxe foncière
- possibilité (autorisation communale) de dépassement de 20 % du coefficient d’occupation des sols - majoration de 50 % du Prêt à Taux Zéro

Les pros et la RT 2012 :
Quelques questions à Isabelle Jouan (Alliance Bois au Naturel), maître d’œuvre et bio-concepteur, spécialisée dans les bâtiments performants et écologiques :
- En tant que professionnelle de la construction performante, quel est votre sentiment face à ces nouveaux textes ?
Isabelle Jouan : Bien qu’ambitieuse, la réglementation RT 2012 ne va pas au bout de ses intentions, malgré l’état d’urgence. Il semble en effet qu’il n’y ait pas de vrai contrôle des résultats et encore moins de la mise en œuvre. C’est pourtant un enjeu majeur, qui seul pourrait garantir la performance réelle du bâti. Il ne suffit pas d’intentions !
- Qu’est-ce que la RT 2012 implique pour les professionnels de la
construction ?
Isabelle Jouan : Jusqu’à ce jour, les architectes et les concepteurs ne prenaient pas en compte, dès la conception, le choix des matériaux et encore moins les approches thermiques. C’est là, l’avancée majeure de la RT 2012 et, avant elle, de la labellisation BBC. Nous entrons dans une démarche d’obligation de résultats qui va astreindre la profession à aller vers davantage de qualité. Mais, sans contrôle, ces évolutions resteront des initiatives personnelles.
- Ne redoutez-vous pas qu’au-delà de 2012, le marché des particuliers marque un temps d’arrêt ?
Isabelle Jouan : Je pense que la loi accompagne une dynamique déjà en marche. Le bon sens incitera les particuliers et les citoyens à exiger des logements peu energétivores, et qui ne polluent pas, ni dans leur usage ni lors de leur fabrication ou recyclage. Les coûts des énergies fossiles deviennent trop chers pour faire l’impasse. Et l’impossibilité de recyclage des matériaux polluants « ailleurs que chez nous » impose déjà cette réflexion.

Les résultats de la belle bio :
Perméabilité à l’air (Q4) : 0,26 m3/h.m²
Besoins en chaleur : 24 kWh/m².an
Consommations totales (Cep) : 43 kWh/m².an
Emissions de GES : 1 kg CO2/m².an (classe A)
Enveloppe efficace et étanche :
Bien sûr, la question de l’efficacité thermique de l’enveloppe s’est rapidement posée. La réponse apportée ici repose sur un principe d’ossature bois (douglas et châtaigner non traités), isolée entre montants par de la ouate de cellulose en projection humide sur 145 mm (cette méthode évite le tassement et donc la formation de ponts thermiques dans le temps), et enveloppée dans un manteau isolant en fibre de bois de 60 mm d’épaisseur. Les murs, ainsi protégés cumulent isolation, avec la ouate de cellulose (R=3,82), et confort d’été grâce à la fibre de bois qui ralentit les chocs thermiques. Pour le toit, mêmes attentions : 300 mm de ouate de cellulose (R=7,89) et 100 mm de fibre de bois.
L’enveloppe s’achève avec une isolation de 100 mm au sol et la pose d’une chape de béton apportant de l’inertie aux lieux. Avec une enveloppe aussi bien isolée, il fallait choisir des menuiseries à la hauteur : « Des triples vitrages partout », nous explique Isabelle Jouan. « Je sais que la question fait débat et on m’oppose souvent le point des apports solaires passifs, qui sont moindres avec le triple-vitrage qu’avec le double-vitrage. Mais personnellement, ma priorité est toujours de minimiser les déperditions thermiques plutôt que de privilégier les apports solaires, car les risques de surchauffe sont parfois plus difficiles à gérer. »
Autre point sur lequel le maître d’œuvre ne plaisante pas : la perméabilité à l’air. Partie pour briguer le label BBC, l’équipe devait obtenir une perméabilité à l’air inférieure à 0,6 m3 d’air par heure et par m² de surfaces déperditives (Q4 = 0,6 m3/h. m²). Le test de la porte soufflante, obligatoire pour l’obtention du label BBC, a révélé une perméabilité de 0,26. Un excellent résultat qui n’est pas le fruit du hasard : « Notre recette est simple : la partie vérification de l’isolation et de l’étanchéité est confiée à une entreprise spécialisée, dont c’est la responsabilité de surveiller et vérifier la mise en œuvre. C’est un travail très minutieux... une fonction nouvelle dans le bâtiment qui nécessite de comprendre les interférences structurelles et de ne rien laisser passer. » Pas de défaut, pas de « petit trou », aucune rupture entre deux couches d’isolant... la maison est véritablement étanche à l’air et à ce titre elle ne laissera quasiment pas s’échapper d’air chaud. L’enveloppe est efficace.
L’efficacité de l’enveloppe et donc la qualité de l’isolation font partie des exigences de la RT 2012. Toutefois, la future réglementation abandonne la valeur Ubat au profit d’une nouvelle manière d’appréhender le bâtiment, avec la valeur Bbiomax. Il n’y aura plus de valeur de référence, ni de garde-fou puisqu’ici l’exigence se situe au niveau des résultats, et finalement pas au niveau des moyens. Subsistent malgré tout quelques exigences concrètes au-delà de la consommation énergétique et notamment l’étanchéité du bâtiment. Calquée sur le cahier des charges de la BBC, la RT 2012 se fixe un maximum de 0,6 pour l’étanchéité à l’air, induisant une vérification.

La question de l’énergie :
La volonté première des maîtres d’ouvrage était de limiter leurs besoins en énergie. La conception et la composition des parois de la bâtisse ont largement répondu à cette attente, comme le prouve l’étude thermique réalisée. Les besoins en énergie primaire atteignent 43 kWh/m².an, dont seulement 24 kWh/m².an pour le chauffage. Des besoins qui sont 67 % moindres que ceux d’une maison construite selon la réglementation thermique actuelle. « Et encore, intervient Isabelle Jouan, nous avons été lésés car ces calculs tiennent compte du mode de chauffage et que le chauffage au bois est pénalisé : on considère que seuls 115 m² sont chauffés par le poêle... Or la maison totalise une surface de 203 m², le reste est comptabilisé comme étant chauffé à l’électricité. » Quoi qu’il en soit, la maison affiche malgré tout de faibles besoins. Des besoins que les maîtres de lieux entendent assouvir au maximum avec des énergies renouvelables. Ainsi, l’eau chaude sanitaire est-elle produite à l’aide des 4 m² de panneaux solaires thermiques posés en casquette sur une structure légère. Pour le chauffage de la maison, c’est un poêle à granulés d’une puissance de 9 kW qui a été choisi. Contrairement à ce que sous-entendent les calculs imposés par la réglementation, ce système devrait amplement suffire à assurer un bon confort. Une ventilation double flux a, d’autre part, été installée : elle assure le renouvellement de l’air indispensable dans une maison si étanche, tout en récupérant et en répartissant les calories de l’air sortant. Enfin, les besoins en lumière, estimés à 2,7 kWh/m².an, sont très clairement diminués grâce à l’éclairage naturel qui a été ici favorisé. Dernière économie : les propriétaires ont installé un système de récupération d’eau de pluie avec une cuve de 7 m3 alimentant les toilettes, le lave-linge et l’arrosage du jardin.
La Belle Bio est aujourd’hui achevée et habitée. Mais le projet continue. Une « Petite Bio », gîte écologique, devrait voir le jour à côté de la maison d’ici quelques temps. Et il n’est pas impossible que la famille aille encore plus loin dans la performance. BBC aujourd’hui, une réflexion est en cours pour installer 23 m² de panneaux photovoltaïques en toiture, pour produire plus qu’ils ne consomment. Mais nous sommes déjà en train de parler de la réglementation thermique 2020 et ceci est une autre histoire.
L’intégration d’énergies renouvelables ou plutôt d’un « bouquet énergétique équilibré » fait partie des objectifs de la RT 2012. Mais cet objectif est précédé, comme ce fut le cas avec la Belle Bio, d’une exigence de diminution des besoins. D’autre part, le recours aux énergies renouvelables est une « exigence de moyen » de la RT 2012 qui entend accélérer leur développement. En ce qui concerne le bois, la RT 2012 devrait valoriser davantage cette énergie (du fait de ses très faibles émissions en GES) qu’elle ne l’a été jusqu’à maintenant.
Les professionnels :
Alliance Bois au Naturel est une entreprise de maîtrise d’œuvre et de bio-conception implantée en Loire-Atlantique. Spécialistes de la construction écologique, Isabelle et Jean-Yves Jouan, suivent aussi bien des projets de maisons individuelles que de crèches ou d’immeubles. Mais toujours, trois axes essentiels guident leur démarche : la performance thermique, les matériaux naturels et la santé des occupants. Alliance Bois au Naturel fait par ailleurs partie d’une organisation professionnelle nationale de maître d’œuvre le SYNAMOB qui s’emploie à faire reconnaitre l’importance de la conception et du suivi de chantier, confiés aux maitres d’œuvre, qui peuvent à ce titre garantir la performance réelle de la construction.
Voir l'article complet : bioclimatisme
